Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié; Il est ressuscité Marc 16,6

Poèmes en l’honneur de Marie

Le Magnificat : un poème magnifique de Marie-Noël

Voici venir Marie avec sa grand’nouvelle : Ce qui l’autre semaine en elle est arrivé.

La vieille Elisabeth sur sa porte fleurie
File, écoutant des yeux les pas lointains du soir…
Voici par le sentier sa cousine Marie,
Celle de Nazareth, qui monte pour la voir.

Voici venir Marie avec sa grand’nouvelle
Ce qui l’autre semaine en elle est arrivé..
Elisabeth la voit et court au-devant d’elle
Laissant rouler au vent son fil inachevé.

Dieu sait ce quelles ont toutes les deux ensemble
De pressant à ce dire ! Et pourtant l’entretien
leur manque tout à coup, la joie en elle tremble
Leurs mots se sont perdus, elles ne disent rien.
Chacune va cherchant en elle une assurance

Avant de confier à l’autre sans délai
Sous son voile une nouvelle
Tout haut, cette espérance au-dessus d’espérance
est ce bien vrai ? … Mon Dieu, si ce n’était pas vrai

Mais soudain le miracle a bougé dans leur âme
Dans leur corps ! Le silence autour a chancelé
Elle, la jeune fille, elle, la vieille femme,
Tressaillent : leurs petits en eux se sont parlés.

C’est impossible, ô Dieu ! c’est une rêverie…
Impossible ! Et pourtant plus vrai que tout, plus vrai
Que le soleil qu’on voit. Et le coeur de Marie
En a chanté comme un buisson au mois de mai.

Elle part, elle monte, elle a pris sa volée
Elle monte et sans route arrive au pied de Dieu.
Elle chante, à jamais hors de terre en allée,
Elle chante, perdue au plus haut du ciel bleu.
Et ne sachant plus rien, réalité, chimère,
Mensonge, vérité, raison ou déraison,
Sauf que son Dieu peut tout et qu’elle sera mère…

Mais voici Zacharie au seuil de la maison

 


LE CANTIQUE DU PAIN Bethlem, la Maison du Pain

LA BOULANGERE
La boulangère en son logis pieux,
Avril venant reçut le grain de Dieu.
L’a mis à l’ombre dans son humble grenier.
L’a serré là pendant neuf mois entiers.

LE CHOEUR

“Faites-nous le Pain,
Marie, ô Marie !
“Faites-nous le Pain,
Car nous avons faim.”


LA BOULANGERE
La boulangère a pris un long chemin
Pour s’en aller à la Maison du Pain.
Pour le pétrir elle a peiné la nuit
L’a mis au monde environ la minuit.

LE CHOEUR
“Cuisez-nous le Pain ?
Marie, ô Marie !
Cuisez-nous le Pain
Car nous avons faim”

LA BOULANGERE
L’a cuit trente ans au feu de sa maison,
A la chaleur de sa belle saison.
A la douceur de son coeur le plus doux,
Le tendre Pain, le Pain blond, le Pain roux.

LE CHOEUR
“Portez-nous le Pain
Marie, ô Marie !
Portez-nous le Pain,
Car nous avons faim.”

LA BOULANGERE
Après trente ans, l’ayant du four ôté,
Son fils unique en ville l’a porté ;
A tous les gens affamés d’alentour,
Le Pain nouveau, le Pain tout chaud d’Amour.

LE CHOEUR
Servez-nous le Pain,
Marie, ô Marie !
Servez-nous le Pain,
Car nous avons faim.

LA BOULANGERE
Pour trente sols le marchand l’a vendu,
Pour trente sols mille dents l’ont mordu
Au grand repas qui fut un vendredi
Servi pour l’homme à l’heure de midi.

LE CHOEUR
“Livrez-nous le Pain,
Marie, ô Marie !
Livrez-nous le Pain,
Car nous avons faim.

LA BOULANGERE
Mais quand l’a vu meurtri, rompu, détruit
Le Pain vivant qu’elle avait fait la nuit,
Comme un agneau par les loups dévoré,
La boulangère en grand deuil a pleuré.

LE CHOEUR
“Pleurez sur le Pain,
Marie, ô Marie !
Pleurez sur le Pain,
Car nous avons faim.


 

Marie-Noël, son identité

  • Marie Noël, de son vrai nom Marie Rouget, est une poétesse et écrivain française, née en 1883 à Auxerre, dans une famille très cultivée et peu religieuse, célibataire, décédée en1967.
  • Des évènements importants jalonnent son existence : un amour de jeunesse déçu et l’attente d’un grand amour qui ne viendra jamais, la mort de son jeune frère un lendemain de Noël , les crises de sa foi…
  • Femme passionnée et tourmentée, profondément catholique, le déchirement entre sa foi, sa solitude voire son désespoir et l’espérance font de Marie-Noël une femme très attachante..